Métiers de rue

Les Turcs, dit-on, ont tous deux métiers, l'un officiel, l'autre officieux ou encore l'un diurne, l'autre nocturne et parfois même l'un connu, l'autre caché. Toute une frange de la population exerce dans la rue. Economie parallèle, qui paradoxalement empêche l'inflation de 50 à 100 % par an, de devenir hyper-inflation. Souvent ces deuxièmes métiers s'exercent dans la rue, le matin tôt, le soir tard, ou encore le samedi ou le dimanche. Cette vie de rue facilite bien la vie quotidienne des Turcs par une multitude de services qui sont à la porte, voire même à la fenêtre quand la marchandise transite dans des paniers, attachés à une corde, qui coulissent le long des façades pour récupérer le produit acheté sans sortir de chez soi. Méthode qui confine la femme, reine chez elle, dans son appartement en faisant ses emplettes sans sortir de son royaume. A défaut de marchands de rue, il suffit de téléphoner au "bakal" (l'épicier) du coin pour que votre kilo de patates arrive "tout seul" à la maison.

Avec le lever du soleil, les marchands de pain et leur chariot vous réveillent pour signaler le passage de pains encore chauds, puis c'est au tour du "manav" ambulant avec ses fruits et légumes frais du jour. Le "tube" de gaz est vide, pas de problème, lorsque la musique du camion Aygaz retentit, il suffit de pousser un cri de sa fenètre pour que la bouteille de gaz se trouve illico remplacée. Les marchands de parapluie fleurissent aussi vite que les premières gouttes de pluie qui commencent à tomber. Et si vraiment la pluie devient diluvienne à transformer la rue en ruisseau, certains n'hésitent pas à louer leurs bras et leur dos pour vous faire traverser la rue inondée. Etonnante, cette capacité d'adaptation aux besoins de services du moment ; mais signe de grande intelligence de la part de ce peuple !

En déambulant dans les rues, on rencontre souvent des étals de briquets pour les fumeurs, sur place on peut vous recharger en un clin d'œil votre briquet jetable ! La récupération est l'apanage des pays en voie de développement !

Un de mes amis turcs disait que "la richesse d'un pays est inversement proportionnelle à la hauteur de ses trottoirs" ! Les trottoirs turcs sont souvent très hauts pour empêcher les voitures de se garer. Le parcmètre n'existe pas toujours en Turquie, et il est remplacé par un gardien qui apparaît, des que vous avez garé votre voiture, pour réclamer le prix du gardiennage. Mais souvent à votre retour le gardien a disparu et la voiture aussi, emportée par la fourrière alors que rien ne signalait l'interdiction de se garer.

L'allocation chômage n'existe pas encore en Turquie et tous ces métiers de rue permettent à bon nombre de subsister.

Un petit creux pour se remettre de ses émotions, justement apparaît un marchand de "simit" (petit pain rond au sésame en forme de bouée) portant sur un bâton sa boulangerie. Beaucoup de Turcs en font leur repas de midi, après avoir mangé le matin, une bonne soupe de lentilles orange !

Et si après cet excès, vous voulez vérifier votre poids, vous trouverez sans problème un vieillard ou un enfant pour vous peser sur leur balance parlante. Il n'est pas rare, de voir un écolier sortir sa balance de son sac et d'attendre les clients tout en faisant ses devoirs. Le bruit court que les adultes pratiquant à longueur de journée le pèse-personne sont des espions à la solde du gouvernement, mais ceci n'est qu'invention.

A Taksim, une nuée d'enfants de cireurs de chaussures vous encercle, insistants, ils proposent aux touristes un nettoyage gratuit des chaussures après lequel vous ne les reconnaîtrez plus. Mais gare à vous si vous ne donnez rien pour ce service gratuit ! Vous serez obligé de vous enfuir dans un des nombreux taxis jaunes qui attendent leur client. Le mot taxi en Turc s'écrit "taksi" car la lettre x n'existe pas dans l'alphabet turc mais le mot conserve phonétiquement son universalisme. Par contre le y ( i grec ) est très employé dans le langage, encore un signe de tolérance vis à vis de leur voisin car je n'imagine pas les Grecs employant le i sans point des Turcs et l'appeler le i turc ! Ces "taksi" sont jaunes comme aux USA, une marque de plus de l'influence américaine en Turquie. Le chauffeur, qui enfume en permanence son habitacle et donc le vôtre, exerce là encore souvent son deuxième métier. Il n'est pas rare, la nuit, de rencontrer un chauffeur qui soit enseignant le jour ! De plus la voiture tourne sur 24 heures entre les mains de plusieurs conducteurs.

Une petite soif : le porteur d'eau est là surtout en été (photo de droite)

Un coup de téléphone a donner, il faut une carte de téléphone. Carte que l'on peut acheter dans une poste, mais souvent le stock est épuisé et l'on doit s'adresser à un revendeur qui, en accord avec le guichet de poste, a racheté, moyennant bakchich, le lot de cartes et qui les revend plus cher. Alors, qu'elle que soit l'heure, il est possible d'acheter sa carte de téléphone et ainsi de téléphoner dans une des nombreuses cabines d'Istanbul.

A Eminönu les passages souterrains sont peuplés de marchands à la criée. Et sur un escalier cinq ou six aveugles se sont

regroupés et vendent toutes sortes d'ustensiles. Dans le marché aux fleurs qui jouxte la mosquée Yeni Cami, toujours à Eminönu, un vieux barbu vous propose de faire tirer à un lapin un petit carton sur lequel se trouve un dicton. Sur les marches de la mosquée, en face du marché égyptien, deux ou trois femmes proposent des assiettes pleines de blé (photo de gauche) que l'on peut donner aux pigeons, en tendant le bras avec l'assiette une dizaine de pigeons viennent picorer dans la main. Les marchands de Millipiyango (la loterie nationale), signalés par leur casquette, ne manquent pas d'essayer de vendre un espoir de richesse contre un billet de loterie.

Le Dimanche, fleurit toute une nouvelle population de colporteurs, les vendeurs de confiserie pour les enfants ou des stands improvisés de tir à la carabine. Parfois des ballons sont déposés en ligne sur le sol ou parfois sur l'eau du Bosphore afin de les tirer à la carabine en public. Attention de ne pas se trouver derrière car il y a beaucoup de mauvais tireur !

Mais dans le long et difficile hiver stambouliote, coincé sous sa couette, il est doux de s'endormir et d'entendre l'appel lancinant du marchand de boza (la bière de millet) dernier breuvage (aphrodisiaque) avant la nuit. Et en période de Ramadan, c'est le tambour qui vous invite à vous réveiller avant le lever de l'astre solaire pour boire et manger avant qu'il ne soit trop tard pour respecter le jeûne.

 

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