Galata

saray

   

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La victoire d'un premier club turc de foot en coupe UEFA a permis de connaître un peu plus ce nom.

Mais quel est-il ?

SARAY en turc signifie château, et GALATA vient des Galates qui étaient des mercenaires gaulois à la solde des Byzantins. Ces derniers, pour les remercier de leurs bons offices en Anatolie, leur ont offert à l'époque un terrain en face du vieux Stamboul. Ce quartier aujourd'hui a pris le nom de GALATA. Il s'est érigé autour d'un immense bâtiment qui est le lycée de GALATASARAY, qui depuis 4 siècles, forme l'élite de la nation turque. Un accord avec Napoléon III a permis à cette élite de suivre les cours scientifiques en langue française. Aussi, depuis plus d'un siècle, une tribu de professeurs français est dépêchée chaque année pour instruire les lycéens turcs de ce lycée. Véritable institution, très puissante par ses anciens élèves qui occupent des postes clés, le lycée a aujourd'hui peu de rapport avec le club sportif. Ce club d'ailleurs a émigré, sur une île flottante du Bosphore, a quelques kilomètres du lycée.

Les ambassades étrangères avaient élu domicile ici, car depuis les Basileus byzantins cette partie de la ville a toujours abrité les communautés étrangères. La Turquie, bicéphale, partage son exercice du pouvoir économique et politique entre son ancienne capitale ottomane : Istanbul et sa nouvelle capitale républicaine : Ankara. Aujourd'hui, les ambassades installées à Ankara, sont devenues consulats à Istanbul mais s'illuminent de leurs fastes, encore pour les jours de réceptions. Le quartier de Galata a toujours été le repaire des Levantins et des différentes minorités grecques, arméniennes ou juives. Et il y a encore 40 ans, nul Européen dit Levantin, ne sortait dans la rue s'il n'avait revêtu chemise à plastron, guêtres et chapeau haut de forme, tout en croisant un porte-faix turc dans son habit traditionnel.

Mais ce dédale de rues, de venelles, d'impassses, de passages et d'escaliers recèle de trésors sur lesquels il faut savoir lever la tête. L'architecture est caractéristique, avec ses bow-windows ou oriels, qui permettent aux habitants, surtout pour les femmes au foyer, de mieux épier la rue. Dés que le soleil apparaît des banderoles de linges, qui sèchent, transforment ce quartier turc en un quartier napolitain.C'est ici, que l'urbaniste francais Prost engagé en 1935 par Ataturk pour retracer la ville, a planté son premier tramway et funiculaire de "Tunel" avec ses rames qui rappellent un vieux métro désuet parisien et pour cause les rames furent fournies par la RATP de l'époque.

Galata, c'est cette très longue avenue "Istiklâl caddesi", devenue piétonnière en 90, qui foisonne de commerces en tous genres et qualités. Cette avenue est envahie en fin de semaine par une foule dense et cosmopolite à la recherche de soldes, d'un restaurant, d'un café ou tout simplement d'un sandwich aux kokorech (tripes) de chez Sampyon dans le marché aux fleurs.

En face le magnifique portail du Lycée, le marché couvert est une aubaine de trésors avec ses étals magnifiques de poissons, fruits frais et secs, caviars et on peut même y trouver du porc chez Sute, rare dans un pays musulman ! Jouxtant le marché, le passage aux fleurs ( Cicek passaj ) est un excellent arrêt, sous son dôme vitré, pour une bière fraîche. Mais avant de quitter ce marché, un détour par le passage aux miroirs, récemment restauré, s'impose et si vous arrivez à denicher l'entrée de l'église arménienne et aussi le gardien, cachés au milieu des fruits et légumes : bravo elle vaut largement le détour. Remarquez sur le fronton du passage il est inscrit en français : Cité de Péra

De Taksim à Tünel, la foule se disperse dans les rues adjacentes. Cette avenue est spectacle car tout est contraste : le populaire Mac Donald jouxte le chic magasin VAKORAMA, le riche marchand de devises abrite toujours un pauvre mendiant, la mosquée n'est pas si loin du cinéma pornographique où l'intègriste baisse (ou lève) les yeux en croisant l'étudiante en mini-jupe. La Turquie est contraste et paradoxe ! Il faut le voir pour saisir la mentalité turque.

L'histoire des communautés et minorités étrangères se lit dans cette rue. Des batiments de différentes confréries arméniennes, orthodoxes, catholiques, juives, musulmannez ou sufis se succèdent tout le long de l'Istiklâl Caddesi. D'ailleurs à Tunel, dans un TEKE (couvent de derviches ) se produisent une fois par mois des derviches tourneurs, il faut voir la magie de ces danses et surtout tout le rite cérémoniel qui les accompagne ; une paume de main tournée vers le ciel l'autre vers le sol, le derviche en tournant s'ennivre et devient le lien entre Dieu et les hommes.

Cet Istanbul est vrai et n'a rien à voir avec celui touristique de SULTANAHMET et de Sainte Sophie, cet Istanbul est celui qui vit, qui respire, celui qui sent bon la Turquie.

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