Istanbul, don du Bosphore ...

Istanbul est un don du Bosphore, aurait pu dire Hérodote si ce géographe grec était passé par-là avant d'aller en Egypte où il déclara "l'Egypte est un don du Nil". Mais à cette époque Istanbul n'était que Byzance, du nom du roi Byzas. Au IV ieme siècle la ville fut appelée Constantinople (étymologiquement : la ville de Constantin), lorsque l'empereur Constantin en fit la capitale du nouvel empire romain d'Orient, mais paradoxalement les Grecs délaissèrent cette dénomination et continuèrent à l'appeler Byzance ou même parfois simplement "cette ville" en grec "isten polis" ce qui donna pour les Ottomans après la conquête de la ville en 1453 : Istanbul.

L'étymologie de Bosphore vient de la mythologie grecque, Era pourchassant Io, pour son idylle avec Zeus, la transforma en vache et la pauvre bête fut obligée, pour fuir le courroux de la déesse, de traverser ce détroit qui prit le nom de Bosphore : le gué de la vache (en grec : bos =bœuf et phore=porter). Ce véritable canal serpente dans Istanbul tel un fleuve et permet à la mer Noire de communiquer avec la mer de Marmara puis ensuite à la mer Méditerranée via le détroit de Dardanelles. En turc la mer Méditerranée s'appelle la mer blanche ( Akdeniz ) par opposition à la mer Noire (Karadeniz), à cause de la différence de couleurs des eaux des deux mers.

Ces étymologies grecques, encore aujourd'hui conservées, dénotent bien de la part des Ottomans une certaine tolérance. Les Grecs, colonisés par les Ottomans, se montrent aujourd'hui beaucoup plus vindicatifs vis à vis des Turcs. Le rapport colonisateurs/colonisés a laissé des séquelles entre ces deux peuples. Autrefois, du temps de l'Empire Grec, l'Anatolie était grecque, puis les Seljuckides se sont installés et ont permis à Mehmet Fathi, en 1453, de prendre Constnatinople. En fait les Grecs considèrent qu'Istanbul est toujours Contantinople et donc leur possession qu'ils espèrent secrètement un jour de récupérer. La querelle entre les deux frères ennemis s'est déplacée aujourdh'ui, à Bruxelles où les Grecs opposent leur veto à la candidature turque à l'entrée dans l'UE. Jacques Lacarrière dit dans un de ses livres, que les grand-mères grecques racontent encore à leurs petits-enfants l'histoire de Constantin, le dernier Basileus, qui serait pétrifié, le glaive levé, quelque part dans une grotte non loin d'Istanbul, prét à reprendre le combat pour reconquérir la ville.

D'ailleurs les Grecs, surtout depuis que Giscard les a fait rentrer dans l'UE, ont perdu, à mon simple avis, une partie de leur sens de l'accueil ,ce qui n'est pas encore le cas des Turcs qui ont un sens de l'accueil extraordinaire. C'est normal, peut-être parce que les Turcs ne font pas encore partie de la UE et nous verrons si cela restera valable le jour où ils seront européens ; mais le verrons-nous (voir article l'avis de Jacques Thobie) ?

Les tremblements de terre de l'été 1999 ont permis aux deux pays de se rapprocher par des aides mutuelles.

Istanbul, aujourd'hui s'étend sur les lèvres du Bosphore sur près de 100 km. Ville à cheval sur deux continents, cette cité baigne dans l'eau et pourtant l'eau fut et est toujours un problème crucial pour ses habitants.

Les sultans et leurs vizirs l'avaient bien compris. Ils offraient à la population de magnifiques fontaines monumentales (photo de droite), situées souvent près d'une mosquée pour les ablutions. Mais bien sûr Istanbul est aussi parsemée de petites fontaines innombrables appelées "sébil" du mot arabe : public. Et souvent, à ces fontaines, était accrochée par une chaîne une soucoupe pour boire, ce qui a donné chez nous la "sébile" le récipient utilisé pour mendier.

Mais aujourd'hui le quotidien des habitants d'Istanbul est haché par de multitudes de coupures d'eau. Coupures qui ont obligé les habitants à se munir de citernes et compresseurs pour faire monter l'eau dans les étages pour les plus aisés.

Les Byzantins avaient construit des citernes souterraines telles que "Yérébatan" ( photo à gauche) appelée aussi citerne-basilique ou encore une autre : "Bin bir direk" i.e. mille et un piliers. La citerne-basilique est un des endroits touristiques les plus insolites d'Istanbul, d'autant plus si on la visite en été, havre de fraîcheur. Immense cave soutenue par plus de 300 piliers dont certains furent "volés" aux temples grecs comme ce pilier orné d'une gigantesque tête de Gorgone (photo à droite ) curieusement placée à l'envers.

Les Turcs ont compris la magie de cet endroit puisque souvent des concerts de musiques classiques occidentale ou orientale y ont lieu. L'autre citerne connue, mais pas encore restaurée, Bin bir direk, fut le décor de plusieurs films des années soixante, et on peut encore y voir au milieu des gravats les rails des travellings. Le basileus Valens a construit un immense aqueduc au VI ieme siècle pour acheminer l'eau de la forêt de Belgrade, qui est à une trentaine de kms, jusqu'à Istanbul, vestige qui domine encore la ville de nos jours.

Cette rareté de l'eau se manifeste, depuis toujours, par la floraison, en été, des porteurs d'eau. Vêtus de tabliers et de guêtres de cuir blanc, l'aiguière sur le dos, il faut les voir se pencher avec précision pour remplir les verres d'eau, le bec du récipient par-dessus l'épaule. Metier de rue, qui apparaît et disparaît, au fil des saisons.

Eau potable manquante, eaux insalubres ( l'emploi du singulier et du pluriel n'est pas innocent )qui excèdent, le paradoxe est la preuve du délabrement des canalisations.

L'eau du robinet ne se boit pas car les canalisations sont trop anciennes et contiennent des métaux lourds comme le plomb, alors depuis les années 90 des stations services d'eau potable ont poussé à Istanbul comme des champignons. Et l'on va faire son plein d'eau, flanqué de toutes sortes de récipients comme on va faire son plein d'essence car l'eau est servie à la pompe à eau.

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